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Billet d'humeur N°20
Être public sans préparation : quand Facebook a failli me "coûter la vie" et Fabrice Éboué m'a "snipé" sur Europe 1
Dans ce billet, je vais vous parler de ce qui m'a fait comprendre, par l'épreuve du feu, que l'exposition est un risque à prendre au sérieux, surtout quand on est jeune.


Billet d'humeur N°20
Être public sans préparation : quand Facebook a failli me coûter la vie et Fabrice Éboué m'a "snipé" sur Europe 1
Dans ce billet, je vais vous parler de ce qui m'a fait comprendre, par l'épreuve du feu, que l'exposition est un risque à prendre au sérieux, surtout quand on est jeune.

Ce n’est un secret pour personne : quand on est exposé (presse, réseaux sociaux, etc.), on prend des risques. Ayant commencé très tôt dans l’entrepreneuriat, je ne m’attendais pas à vivre deux affrontements aussi brutaux.
Cette histoire remonte à plus de 15 ans et elle a façonné une règle que je suis encore aujourd’hui : plus de communication presse, plus de communication sur les réseaux sociaux (ou alors dans un cercle très fermé). Avec l’âge, j’ai compris qu’il fallait être prêt à ce genre d’exposition et surtout aux conséquences négatives qui peuvent en découler.
LIRE CECI : Les billets d’humeur sont là pour vous dévoiler des histoires que l'on n'a pas forcément l'habitude de lire, un point de vue interne basé sur l'expérience et justifier mes décisions et réflexions, un retour sur une histoire parmi mille et une autres. Cela permettra à certains de se poser des questions, à d'autres de découvrir des choses qui semblent inattendues. Pour entrer dans le vif du sujet (Devenir entrepreneur en mode pratico-pratique), abonnez-vous à ma newsletter La Confidentielle. Bonne lecture aux courageux !
L’histoire de Facebook et du gars qui déboule dans mes bureaux pour "me buter"
À l’époque, j’avais des bureaux près de La Défense, à Courbevoie pour être précis. Deux open spaces, dont une salle de formation. J’employais un responsable des ventes avec qui les choses ont commencé à mal tourner : des chiffres qui ne collaient pas, de l’argent qui disparaissait… Bref, il fallait remettre de l’ordre et sauver la boite.
Mais mon bureau était proche de Colombes, un coin plus réputé pour son trafic que pour sa mairie. Je me fichais bien de tout ça. Je suis à l'aise dans presque toutes les circonstances avec des personnes très, très, très éclectiques, et j'ai passé l'épreuve du feu dans les quartiers afro-américains (Overtown) quand j'avais 17 ans aux USA. Et ils ont été très cools avec moi, J'étais le little white bro et je dormais dans un dortoir de 4 chambres, 8 places par chambre (Chose que ma mère a fini par savoir, oupsy.)
Quand j’ai décidé de me séparer de cet employé, ça s’est mal passé : cris, menaces… Gérer une petite boîte, c’est aussi créer des liens forts avec ses employés. On les côtoie plus que sa propre famille.
Un jour, en pleine réunion, un colosse de deux mètres déboule dans mon bureau :
— "Bonicard, t’es où ?"
Je lève la tête, déglutis, et réponds :
— "Euh… Bonjour ? Oui, c’est moi."
On descend ensemble. Devant la porte, deux autres types attendent.
— "Écoute, j’ai pas de lacets ni de ceinture, je suis prêt pour la GAV."
Traduction : "Je vais te buter (ou je te fais croire que) et quand les flics arriveront, ils n’auront même pas besoin de me retirer mes lacets ou ma ceinture pour m’emmener."
Sympa, trop cool la mâtiné.
Je tente de comprendre la situation, il m’explique brièvement, et je dis :
— "Attends une seconde, frérot, je crois que ta femme t’a raconté des trucs un peu exagérés. Viens dans mon bureau, je te montre ce que tu veux. Si après ça tu veux toujours me faire la peau, ok."
Il accepte. On monte, je lui montre les chiffres, on parle et on décortique. Il réalise que je n’ai rien à cacher et commence à comprendre que son épouse, blessée par la rupture (J'aurais peut-être dû faire autrement.), a peut-être un peu dramatisé / exagéré la situation.
Il finit par dire :
— "T’as géré ça comme un bon père de famille. Je vais aller lui parler." (J'imagine pas la suite)
Heureusement pour moi, il avait eu le bon réflexe de demander des explications avant d’agir. Mais ce qui m’a marqué, c’est que tout ça était parti d’un malentendu amplifié par les réseaux sociaux (je crois).
Mon Facebook était public, on y voyait mes voyages, ma caisse un chouilla tape à l’œil, ma vie privée sans filtre. Aux yeux d’une personne qui baigne dans un certain milieu, la conclusion était rapide : "S’il gagne de l’oseille, c’est un voleur." et sa femme avait donc raison de l'alerter.
J’ai compris ce jour-là qu’une simple perception pouvait entraîner des conséquences graves.
Et que l’image qu’on projette peut-être totalement déformée...
Quand Fabrice Éboué m’a "snipé" en direct sur Europe 1

Cette photo, j’aime la garder, car c’est celle qui m’a fait réagir et qui raconte cette histoire que vous allez découvrir.
J’aurais pu en choisir d’autres qui me mettraient plus en valeur, mais en réalité, c’est ici que j’ai découvert quelque chose d’important.
On me voit avec ma tête de minot et mon sweat à capuche, en toute détente, mais on aurait peut-être dû m’expliquer comment ça pouvait se passer…
À cette époque, je lançais un projet innovant sur les relations humaines : La Love Academy (trop cool ce nom).
L’idée ? Répondre aux problématiques sentimentales avec des psychologues, des coachs en théâtre, des sexologues… Un projet sérieux pour apporter une vision scientifique à ce problème.
On envoie un communiqué de presse. C’est le buzz total. Tous les médias en parlent. Je dois même louer la grande salle du Pullman à La Défense (comme dans les films) pour organiser une conférence de presse sur deux jours, pas deux heures… deux jours.
Tout se passe bien, les journalistes sont intrigués, puis séduit par la bienveillance/sérieux et commencent même à créer le phénomène dans les médias :
— "Toi, tu devrais aller à la Love Academy !" Tu pouvais entendre ça de la bouche de Philippe Bouvard dans Les Grosses Têtes."
Je suis euphorique : chaque jour, de nouvelles parutions dans les médias (TF1, France 2, M6, tous les journaux possibles et imaginables). Tout fonctionne parfaitement. Jusqu’à mon passage en direct sur Europe 1.
Sur le plateau : Jacques Séguéla et Fabrice Éboué.
Le présentateur lance :
— "Une école dingue va ouvrir ses portes : La "Love Academy" ! Son objectif ? Répondre aux questions que tout le monde se pose sur les relations... Avec un symposium d’experts et blabla"
Jacques Séguéla, le roi de la com, comprend immédiatement la vision du projet et enchaîne sur un parallèle entre la séduction et la politique. Il a tout capté.
Puis vient le tour de Fabrice Éboué.
— "Ah donc, on va se faire former par un mec qui est encore puceau ?"
Ok, cool, sympa la cartouche gratos.
Il continue :
— "Allez, montre-nous comment tu dragues, on veut voir ça."
Putain.
La lumière verte s’allume, mon micro est actif. Je dois répondre.
Blanc ...
Je sors une réponse de merde, je fais semblant de jouer le jeu. Mais en vrai, je suis écœuré. Le projet est réduit à une blague foireuse et je dois faire semblant que c'est drôle...
J’entends mon téléphone sonner ; mes amis et mes partenaires m’envoient des messages que j’aurais peut-être dû lire à l’antenne à Éboué, mais bon, ce n’est pas très poli.
Après l’émission, le présentateur vient me voir :
— "Ça va ? T’inquiète, c’est les médias."
Je crois que je ne lui réponds même pas.
J’ai compris ce jour-là que même si tu as de bonnes intentions, si tu ne sais pas te battre médiatiquement, tu te fais démonter.
La lutte éternelle : bienveillance ou malveillance ?
À la fin, malgré tout, La "Love Academy" a reçu des offres pour en faire un show TV (Endemol, Sony Pictures, Coyote Production…) qui sera abandonné car je ne voulais pas céder le nom (Une autre histoire).
Une belle expérience. Mais j’ai surtout appris une chose essentielle :
Même si tu es sincère et bienveillant, ton image, celle de ton entreprise, pourra être détournée pour te discréditer. Que ce soit par des concurrents, des médias ou même des humoristes en manque d’inspiration.
C’est pour ça que je suis devenu méfiant avec les réseaux sociaux.
Si tu es jeune et que tu t’apprêtes à entrer "publiquement" dans un domaine, retiens bien ceci : tout ce que tu feras pourra être retenu contre toi. Prépare-toi à répondre. Ou à ignorer.
Mais surtout, prépare-toi.
