J'ai pris une décision : je vais m'entraîner aux superlatifs.
Le déclic
Loi 25 de The Diary of a CEO, à sept minutes vingt. Steven Bartlett raconte : « J'ai proposé au directeur d'une des plus grandes sociétés de médias du monde de devenir CEO du réseau. À ma grande joie, il a accepté et m'a dit qu'il démissionnerait de son poste. »
J'ai cherché. Tout indique qu'il s'agit de Georgie Holt, qui a cofondé avec Bartlett sa société de podcasts, Flight Studio, après avoir été directrice générale régionale d'Acast pour les Amériques1. Un beau parcours. Mais Acast est un éditeur de podcasts suédois qui a réalisé 2,52 milliards de couronnes de chiffre d'affaires en 2025, soit environ 220 M€2, avec 429 salariés3. Des entreprises de cette taille, il en existe des dizaines de milliers dans le monde.
Le plus piquant, c'est le sujet du chapitre. La loi 25 porte précisément sur les biais qui nous trompent : le biais d'optimisme, qui nous fait ignorer les risques, et le biais d'autocomplaisance, qui nous fait surestimer nos capacités4. Un chapitre entier pour apprendre à ne pas survaloriser ce que l'on fait. Et au milieu, une recrue survalorisée pour asseoir la crédibilité de l'auteur.
S'il avait dit « une dirigeante expérimentée du podcast », tout se serait très bien passé. Mais ça sonne moins bien.
Alors je m'y mets
Moi, JC, l'un des entrepreneurs les plus visionnaires de sa génération, je vous livre aujourd'hui une analyse sans précédent.
Vous sentez la gêne s'installer ?
Dit par moi, sur moi, ça sonne prétentieux. Pourtant, c'est exactement le même genre de phrase. La seule chose qui change, c'est la bouche qui la prononce. Quand un autre vous couvre de superlatifs, ça devient une caution. Et quand cet autre est dans le coup, le public n'y comprend plus rien. Pour rester sympathique, je dirai que c'est un peu trompeur.
Avant, ce petit jeu était réservé à la presse, et tout le monde le savait. C'était l'entre-soi parisien, des rédactions aux couloirs de la rue de Solférino, où l'on se tressait des lauriers entre amis. Aujourd'hui, n'importe qui avec un micro peut y jouer, devant des millions de personnes.
La télé l'a compris depuis longtemps
Écoutez un présentateur annoncer son invité. C'est toujours un génie, un esprit brillant, quelqu'un d'exceptionnel. Personne ne dit « voici quelqu'un de plutôt compétent ». Un invité présenté comme moyen, c'est une émission présentée comme moyenne.
La science aussi s'y est mise
Des chercheurs d'Utrecht ont analysé quarante ans de résumés d'articles scientifiques sur PubMed. La part des mots positifs y est passée de 2 % à 17,5 % : une hausse de 880 %. Sur la même période, ces mêmes mots n'ont pas progressé dans les livres5. Leur conclusion : si tout est « robuste » et « novateur », plus rien ne se distingue.
Les recommandations, n'en parlons pas
Dans une étude, plus de 98 % des lettres de recommandation étaient jugées bonnes ou excellentes6. Dans une autre, seules 7 % décrivaient le candidat comme moyen ou en dessous : une impossibilité statistique7. Résultat, certaines formations exigent désormais quatre lettres au lieu de deux.
Le droit a un nom pour ça
Le puffery : l'exagération publicitaire tolérée, parce que personne n'est censé la prendre au pied de la lettre8. Le superlatif est autorisé précisément parce qu'il ne veut plus rien dire.
Et ça ne marche même pas
Une équipe de Cardiff a analysé 462 communiqués de presse universitaires. Entre un tiers et 40 % exagéraient par rapport à l'étude d'origine, et l'exagération se propageait ensuite dans la presse. Pourtant, les communiqués exagérés n'étaient pas plus repris que les autres. Ceux qui contenaient des nuances l'étaient même davantage9.
Qui vérifie ?
Personne. À peine 5 % des gens lisent un article jusqu'au bout. Alors un podcast écouté en voiture, entre deux appels… Qui ira chercher le chiffre d'affaires d'Acast ? En tant qu'entrepreneur, on ne se bat pas seulement contre l'État ou la concurrence. On se bat aussi contre ceux qui communiquent plus fort que la réalité.
L'ambiguïté
Si l'on retient une seule chose de ce chapitre, c'est celle-ci : ne vous mentez jamais à vous-même, sinon vous courez à l'échec. Mentir un peu aux autres, en revanche, semble toléré. Allez savoir.
Finalement, je vais rater mon entraînement. Je continuerai à dire « directrice régionale » quand c'est une directrice régionale, et « une bonne idée » quand c'est une bonne idée. Ce n'est pas exceptionnel, mais au moins c'est vrai.
Les observations sur la télévision et le chiffre de 5 % de lecteurs qui vont au bout d'un article viennent de mon expérience et de mon expertise personnelles.
Ce billet a été écrit par JC. La rédaction, la mise en page, les illustrations et la recherche des sources ont été réalisées avec l'aide de l'intelligence artificielle, puis relues et validées par l'auteur.