Non, être critiqué n'est pas une preuve d'innovation : ce que la blockchain m'a appris

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Non, être critiqué n'est pas une preuve d'innovation : ce que la blockchain m'a appris

En bref

Steven Bartlett avance qu'une technologie très critiquée est souvent une innovation en marche. J'ai testé cette idée de l'intérieur, pour BNP Paribas, sur la blockchain. Verdict.

Depuis quelques semaines, j'écoute The Diary of a CEO de Steven Bartlett. On m'en avait dit beaucoup de bien. Et il faut reconnaître que les premières minutes impressionnent : une société valorisée à 130 millions d'euros, un podcast numéro un, des centaines d'entretiens avec des gens brillants. On écoute donc avec attention. On prend des notes.

Puis arrive une idée, glissée avec assurance au fil des premières lois : quand une nouvelle technologie est violemment critiquée, c'est souvent le signe qu'une innovation est en marche. Les moqueries d'aujourd'hui seraient les regrets de demain.

C'est séduisant. C'est aussi faux.

Le biais du survivant, version business

La critique n'a jamais été un indicateur. Elle accompagne les grandes innovations, oui. Mais elle accompagne tout autant les grandes impostures, les bulles et les modes. Si on retient seulement les cas où les sceptiques ont eu tort, on fabrique une règle à partir des survivants. Les idées critiquées à juste titre, elles, disparaissent des mémoires et des livres de business.

Je peux en parler, parce que j'ai vécu la chose de l'intérieur.

Ce que j'ai vraiment trouvé dans la blockchain

Il y a quelques années, BNP Paribas m'a confié une étude : passer la blockchain au crible et en sortir des cas d'utilisation réellement viables. À l'époque, les prêcheurs annonçaient que cette technologie allait tout changer, la finance, l'administration, la propriété, le monde. Celui qui doutait était un dinosaure.

J'ai cherché honnêtement. Et j'ai trouvé un cas qui tenait debout : la non-altération de contenu en ligne. Prouver qu'un avis, une page, un document n'ont pas été modifiés après publication. Sobre, simple, utile. Je l'ai mis en pratique, et cette démonstration m'a valu un prix à Vivatech, le plus grand salon européen de la tech. Je ne le dis pas pour me vanter, mais pour une raison précise : j'ai réellement essayé de faire marcher la blockchain, et c'est à peu près tout ce que j'en ai tiré. D'autres usages existent. Aucun ne casse trois pattes à un canard.

Et la crypto-monnaie, c'est pire encore. Des années de promesses de révolution, et dans la vie réelle, un usage massif : faire investir des gens dans quelque chose qui s'appelle, en bon français, de la spéculation. La critique était là dès le départ. Elle avait raison.

La critique accompagne les grandes innovations. Elle accompagne tout autant les grandes impostures.

Pourquoi j'écris ça

Pas pour descendre Steven Bartlett. J'apprécie son livre. C'est quelqu'un qui a fait des recherches, qui a réfléchi, qui donne un point de vue argumenté, et c'est instructif de l'écouter.

Mais rien n'empêche la critique. Au contraire. Une idée fausse, répétée par une voix influente à des millions d'auditeurs, devient une conviction. Et des convictions bâties sur de faux faits, j'en ai vu tuer des entreprises et planter des carrières entières. Des gens qui ont tout misé sur une technologie parce que « si on la critique autant, c'est qu'elle va gagner ».

C'est contre cette information erronée de masse qu'il faut se battre. Pas avec de l'agressivité, mais avec de la vérification.

Et justement, en poursuivant l'écoute, la loi numéro 6 m'a fait tiquer à nouveau. J'ai cherché l'étude derrière. Ce que j'ai trouvé fait l'objet du prochain billet.

Confidences d'un CEO

Questions fréquentes

Pourquoi l'idée selon laquelle la critique prouve l'innovation est-elle fausse ?

Parce que c'est un biais du survivant : on retient seulement les cas où les sceptiques avaient tort, en oubliant toutes les idées critiquées à juste titre qui ont disparu des mémoires. La critique accompagne autant les grandes innovations que les grandes impostures et les bulles, elle n'a donc jamais été un indicateur fiable.

Quel cas d'usage viable l'auteur a-t-il trouvé pour la blockchain ?

Après une étude commandée par BNP Paribas, l'auteur a identifié la non-altération de contenu en ligne comme seul usage réellement solide : prouver qu'un avis, une page ou un document n'a pas été modifié après publication. Cette démonstration, sobre et simple, lui a valu un prix à Vivatech.

Qu'en est-il des autres promesses de la blockchain et des crypto-monnaies ?

Les autres usages de la blockchain existent mais aucun n'est réellement révolutionnaire selon l'auteur. Pour la crypto-monnaie, malgré des années de promesses de révolution, l'usage massif constaté dans la réalité est la spéculation, confirmant que les critiques initiales étaient justifiées.

Quel est le contexte de cet article sur Steven Bartlett ?

L'article réagit à une idée avancée dans le podcast The Diary of a CEO de Steven Bartlett, selon laquelle une technologie violemment critiquée serait souvent le signe d'une innovation en marche. L'auteur, tout en appréciant le travail de Bartlett, conteste cette affirmation en s'appuyant sur son expérience personnelle avec la blockchain.

Pourquoi l'auteur insiste-t-il sur le danger des convictions mal fondées ?

Parce qu'une idée fausse répétée par une voix influente auprès de millions d'auditeurs peut devenir une conviction collective. L'auteur affirme avoir vu des convictions bâties sur de faux faits détruire des entreprises et des carrières, notamment chez des personnes ayant tout misé sur une technologie simplement parce qu'elle était critiquée.

Que recommande l'auteur face aux idées fausses répandues par des voix influentes ?

Il recommande de se battre contre la désinformation de masse par la vérification plutôt que par l'agressivité. Il précise avoir lui-même vérifié l'étude derrière une autre affirmation du podcast, dont les résultats feront l'objet d'un prochain billet.